Retour sur la table ronde Épistémè :
« Économie circulaire : le défi du passage à l'échelle »

episteme IAE JUIN 2026-4329

Animée par Yannick Boucher, journaliste et fondateur de l’Eco-Dynamo

Intervenants :

  • Charles Christory – Co-fondateur et dirigeant Le Fourgon.
  • Anthony Ponthieux  – Directeur chez PRESRV.
  • Denis Voinot – Professeur à l’Université de Lille, LUMEN Axe ARTE : Allocation des Ressources et Trajectoires
  • Xavier Weppe – Professeur à l’IAE Lille, Responsable de l’axe SOIE (Stratégie-Organisation-Innovation-Entrepreneuriat) au sein du LUMEN

 

Dans le cadre de son cycle de tables rondes « Epistémè » dédié aux transitions environnementales, technologiques et sociétales. L’Université de Lille a organisé une table ronde sur le thème de l’économie circulaire et du réemploi. Cet événement qui a réuni enseignants-chercheurs et entrepreneurs, a permis d’explorer les freins et leviers du passage à l’échelle de l’économie circulaire.

La désirabilité du réemploi

La régulation des déchets est arrivée avant le réemploi, ce qui a créé toute une économie autour du déchet, au point que l’on parle aujourd’hui de « valorisation des déchets ». Pourtant, cette approche reste centrée sur la fin de vie des produits, plutôt que sur leur réutilisation.

Malgré une prise de conscience croissante, la désirabilité de la transition écologique peine à se concrétiser. C’est ce que Charles Christory évoque avec le green gap : cet écart persistant entre les intentions écologiques des citoyens et leurs actions réelles, l’un des freins majeurs au passage à l’échelle de l’économie circulaire.

Pour y remédier, les intervenants ont souligné l’importance de simplifier l’expérience utilisateur, notamment en réduisant le travail du consommateur ou encore en diffusant de nouveaux récits.

Exemple concret :

Le Fourgon, service de consigne de bouteilles, propose une livraison à domicile en trois clics, avec des livraisons le jour même. Une stratégie pour rendre le réemploi aussi pratique que l’achat neuf.

Le réemploi est techniquement réalisable, notamment dans le bâtiment, où les matériaux peuvent être reconditionnés. Cependant, les obstacles administratifs et réglementaires freinent son développement, par exemple les matériaux réemployés doivent souvent repasser les mêmes contrôles que les matériaux neufs.

Chiffres clés :

Dans le bâtiment, seul 1% des matériaux est réemployé alors que la loi vise 5% en 2030, ce qui n’est pas assez ambitieux selon Anthony Ponthieux.

Le réemploi se heurte à un modèle économique historique basé sur la surconsommation. Les entreprises du secteur doivent donc :
• Trouver un équilibre entre croissance et viabilité
• S’appuyer sur des écosystèmes locaux plutôt que de concurrencer frontalement les géants du neuf
• Convaincre les investisseurs, souvent réticents à financer des entreprises en phase de développement.

La volonté législative est forte mais le réemploi n’est pas forcément désiré par tous les opérateurs économiques. Et aujourd’hui, les recycleurs sont contre le réemploi, tout comme les acteurs économiques à qui profite l’économie linéaire.

Dans ce cas de figure, la réglementation seule est-elle la solution pour pousser au réemploi ?

Selon Denis Voinot, la réponse est complexe.
Oui dans le sens où dès lors qu’un fabricant est dans l’écoconception d’un produit, il fait en sorte de ne pas avoir de fin de vie à gérer.
Non car légalement ou techniquement, il n’est pas possible de réemployer, voire même de recycler certains produits.

Côté stratégie et économie, en économie circulaire, les investissements ne sont pas mis du côté des solutions efficaces.

Pourquoi le réemploi peine-t-il à s’imposer ?

Dans le secteur du BTP, les obstacles sont avant tout administratifs. Comme le souligne le directeur opérationnel de PResRV :
Les matériaux réemployés doivent repasser les mêmes tests que les matériaux neufs, ce qui alourdit les coûts et les délais.

La question du coût du réemploi

Dans le bâtiment, le réemploi se heurte à une réalité économique où 46 millions de tonnes de matériaux sont jetées chaque année en France car jeter coûte moins cher que réutiliser.
Le Fourgon, par exemple cite le coût des emballages réutilisables. Les familles de 25 à 45 ans, qui constituent son cœur de cible, préfèrent les bouteilles en plastique, souvent plus abordables que les alternatives en verre ou autres matériaux, malgré les efforts de réduction des coûts.

Les leviers pour accélérer le réemploi

Pour développer le marché du réemploi, les intervenants ont identifié trois leviers majeurs
• Attirer plus de consommateurs en simplifiant l’accès et en améliorant la communication.
• Investir davantage : avec davantage du budget national alloué au réemploi.
• Modifier les réglementations pour imposer des objectifs plus ambitieux et aligner les financements sur l’efficacité réelle du réemploi.
Coalitions et écosystèmes : le réemploi ne peut pas être porté par un acteur seul. Il nécessite la création de coalitions entre nouveaux et anciens acteurs, ainsi que de repenser les modèles économiques.

Conclusion

La table ronde a révélé une évidence : le réemploi représente une opportunité pour concilier performance et durabilité. Ce qu’il faut, c’est surtout lutter contre le concept d’usage unique, qui devient un modèle obsolète et épuise les ressources.
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre sobriété et croissance, mais de construire une économie où les deux coexistent, comme le souligne Xavier Weppe.
Plus qu’une solution écologique, le réemploi est aussi un levier économique et social pour repenser notre rapport à la consommation.

Retrouvez la table ronde sur :

Pour aller plus loin :

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Epistémè : le cercle d’échanges de l’Université de Lille dédié aux transitions environnementales, technologiques et sociétales